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Guo Yunshen et l'école spontanée

Cheandguo

Le turbulent Guo Yunshen (1822-1898), natif du conté de Shen dans la province du Hebei, est entouré de zones sombres dans son histoire et demeure une légende des arts martiaux internes. Il restera de nombreuses années avec la seule pratique des 5 éléments , défaisant un à un ses adversaires et héritant de plusieurs surnoms tels que "la paume divine du Bouddha" ou encore "paume tueuse".

Son histoire est assez atypique. Il est de loin l'un des personnages les plus marquants du Xing Yi Quan de par le charisme de ses légendes, son enseignement à plusieurs Maîtres réputés (Sun Lutang ou en core Wang Xiang Zhaï pour ne citer qu'eux).

Sur la photo, revêtant la tunique blanche et le gilet noir, on le voit assis à côté de son frère d'arme Che I Zhaï.

Débutant sa pratique de façon secrète (Li Neng Ran lui ayant refusé l'accès à son école à cause de son tempérament belliqueux), celui-ci pratiquera Beng Quan ( le poing qui pulvérise ) durant 3 années avant d'être découvert par le Maître. Guo avait en effet trouvé un emploi à proximité de la demeure de Li de façon à pouvoir épier ses enseignements.

Découvrant un intérêt réel pour la pratique, Li accepte de lui enseigner d'abord les 5 éléments. Laissant passer quelques années, Guo Yunshen trouve ensuite un emploi de chasseur de prime, où il tue accidentellement un prisonnier.

Condamné à mort, celui-ci est sauvé de justesse pour ses qualités martiales et sa peine fut commuée en 3 années de prison. C'est en prison qu'il apportera une technique fondamentale du Xing Yi Quan du Hebei. Poeds et mains menottés, il n'a d'autre choix que de pratiquer ses marches avec de courts mouvements et développera le ban bu beng quan, c'est à dire le poing qui pulvérise exécuté en demi-pas.

Les légendes mentionnent qu'il aurait affronté le révélateur du Bagua Quan (ou Bagua Zhang de façon moderne) Dong Hai Quan et que le combat aurait duré 3 jours au terme duquel il n'y aurait eu ni vainqueur ni vaincu...

Cette histoire manque de réalisme toutefois, car il semblerait que Guo se soit rendu bel et bien à Beijing pour affronter Dong Hai Quan, mais , ayant rencontré Cheng Ting Hua sur son chemin, et s'étant fait mettre en déroute par celui-ci, il abandonna son désir d'affronter Dong devant l'insistance de Cheng. L'histoire qui suit est intéressante car par la suite, les deux hommes, tous deux natifs de la même province et du même conté, formeront des liens d'amitiés. Ces mêmes liens qui permettront à Sun Lutang d'itinérer du Xing Yi Quan au Bagua Quan.

Guo formera à sa sortie de prison ce qui allait devenir l'école dite sponatanée ou naturelle du Xing Yi Quan, où l'on retrouve de très très loin le Xing Yi Quan originel du Hebei. Les mouvements n'obéissent plus à la codification classique des marches.

Guo avait l'habitude de dire:

" Avec Maître Li Luo Neng, j'ai appris la puissance de la ligne, et Dong Hai Quan m'a fait pénétrer les mystères du cercle. En prison, j'ai appris à être centré et les secrets du carré. Aujourd'hui libre, je pratique la spontanéité."

Toujours est-il que selon les époques où Guo Yunshen enseignait, les élèves auraient reçu un bagage différent, comme pour chaque maître, supposons. Si l'on prend le cas de Sun Lutang qui auraient rencontré Guo en 1882, celui-ci aurait eut alors 60 ans tandis que Sun frolait les 20.

On peut en tirer les conclusions que l'on souhaite .. Concernant ce qu'il passera à Sun Lutang. Toutefois ce qui nous intéresse ici est que Sun conservera le demi Beng Quan dans son école, en faisant même un pivot assez important de sa pratique.

L'on peut donc en conclure historiquement que Sun a bien rencontré Guo Yunshen après sa période en prison.

Maître de tous les défis , Guo Yunshen n'hésitait pas à combattre, choisissant paraît-il scrupuleusement les heures de combat correspondant à son thème de naissance (l'heure du Tigre).

Manquant parfois de maîtrise, il tuait ou blessait gravement ses propres élèves... Ce qui l'obligera à intercaler une paume devant l'autre lors des applications martiales démontrées.

Cependant, malgré son impétuosité et sa formidable puissance qui feront de lui une véritable légende martiale de la Chine ancienne, il nous laisse des textes d'une finesse remarquable, démontrant ainsi sa profonde compréhension de la complexité du Xing Yi Quan.

Il eût de nombreux élèves et disciples mais les deux plus connus demeurent Sun Lutang, qu'il considéra au terme de son apprentissage comme son égal, et Wang Xiang Zhaï, Maître fondateur du Yi Quan.